29 juillet 2011

Retour au monde du chagrin

 

 

041

« les courriers d'Yvon  »


à deux voix et quatre mains


vous proposent aujourd'hui


de retrouver notre ami


Jo Laloose


Magnifique dans l’échec, constant dans le gâchis, il vient de retrouver du boulot !

Le travail, c’est  le chagrin selon la langue verte de François Villon, Aristide Bruant, Frédéric Dard ou Antoine Blondin (mes hommages, maîtres).

Admirons cette merveilleuse mécanique en mouvement de la machine à perdre. Sur le point d’atteindre son but, les mauvais choix directionnels le conduisent dans l’avenue du retard et le cours des embûches par la rue des travaux imprévus vers l’allée des rendez-vous ratés. Evitant soigneusement, l’impasse du mensonge et la venelle du prétexte, il cherche désespérément le boulevard, périphérique comme son nom l’indique, de la seconde chance qui le ramènera à son point de départ. Aucun maillon faible dans cette chaîne de décisions, la dynamique de l’échec et du gâchis sur le sentier de la guerre qui n’est pas celui de la gloire, met en marche son mécanisme implacable. Une impression de « déjà vu ».

 

Retour au monde du chagrin !

« Je suis né un quatre Juillet à 57 ans.

Verbalisation romantique des évènements anodins. Amnésique des échecs jalonnant  mes vies antérieures, je suis parfois agité d’un positivisme forcené.

Bien sûr, il y eut le film dont je m’inspire reprenant dans son titre la date d’indépendance des Etats-Unis et la naissance de la nation moderne  pour raconter la déchéance d’un vétéran de retour du Viêt-Nam.

Un symbole, c’est souvent  un tremplin sur lequel j’aime à rebondir.

1er volet : Le  contrat de travail

Signé à cette date anniversaire il valide  le retour dans mon ancien métier après dix ans de diverses occupations  alimentaires qui ne m’ont pas rassasié et où je me suis médiocrement épanoui.

2ème Volet : Notre rencontre.

Ma renaissance, eut lieu avant cette date, après que d’autres femmes eussent calmé mes colères. Ces passantes m’ont laissé en meilleure  situation qu’elles ne m’avaient trouvé et dans la culpabilité décroissante de les avoir fuies ou libérées de ma prégnance,  le point d’orgue de ma résilience fut l’intersection de mes gamètes et de ton ovule. Ainsi commençât la longue gestation menée à terme ce « fameux » quatre Juillet.

Symbolique à plus d’un titre sont ces régénérations qui peuvent devenir assez rapidement  mauvaise herbe, selon qu’elles s’implantent sur des terres arides ou fertiles.

. 3ème volet : Les évènements.

Ils ne deviennent bénéfiques ou désastreux que par la conséquence de nos actions.

Il est facile à la lueur du présentisme de leur attribuer la notion de bien ou de mal.

Suis-je au bon endroit au bon moment ? Est-ce la chance qui me fait de l’œil ou la déveine qui m’ouvre ses abysses ?

Une chose est sûre cependant : Ancien  perdant,  je ne vois que les dysfonctionnements de cette entreprise qui me donne, en ce moment, ma chance. Il serait improductif  d’en tenir la comptabilité, cependant le choc frontal avec la vérité est riche d’informations et il est vain d’ignorer le factuel au prétexte qu’il serait impartial et redoutable.

Les portes sont béantes, inutile de les enfoncer : L’occultation de la réalité est une dérobade,  la regarder en face,  une nécessité.

Il s’agit juste d’en retirer l’interprétation faussée par la vision myope des perdants.

L’entreprise née en 1987, au siècle dernier, est une coquille vide, au téléphone aphone, à la communication atone. " Et pourtant elle tourne " sans que mon action commerciale, phoning, porte à porte, boîtage, exploitation de maigres prospects, ne l’impulse. Une force extérieure et inconnue, sans doute cosmique la maintient dans sa révolution héliocentrique autour d’un soleil qui n’est pas Moi. Le télomètre qui m’a projeté sur l’orbite de cette planète sur la périgée de sa trajectoire était-il assez puissant pour autoriser le boulet que je suis à percer l’écorce de son ovule ? A son apogée l’aurais-je seulement atteinte ?

Il y a trois sortes de munitions dans les mâles arsenaux : les élites élues,  les cons damnés et ceux qui tirent à blanc.

Sous le pommier du Japon, Igor, le-chien-pas-méchant, offre sa robe isabelle aux reflets du soleil. Ronronnette, toute menue, gentiment fessue, est vêtue d’un jean slim et d’un ras du cou en maille échancré sur sa gorge mate et dorée. Le galbe de ses seins pudiquement enrobé par le vêtement, ses charmantes aréoles brunes accrochent la laine légère. Elle prélève quelques fruits sur l’arbre et ses jambes se galbent en se dressant sur la pointe des pieds. Les poires sont mûres. Moi aussi ! Savourant un expresso, de la douceur de l’instant, de l’amertune du  café, je frissonne, malgré le rayon de soleil qui filtre entre les arbres. Sans doute la précarité du présent, l’éphémère cadeau.

 

Quatre barreaux sont les premières marches  de mon escabeau des valeurs sur lequel j’ai gravé les mots : Disciple  Méthode  Objectif  Réussite.

 On ne peut échapper à la loi des statistiques et celui qui a des habitudes de brûleur de  feux rouges risque d’y laisser son permis plus sûrement qu’un autre.  Sur terre, les comportements à risques sont régis par cette loi.

Il y a pourtant des non-fumeurs qui chopent leur cancer du poumon ou de la gorge. Variable inconnue du destin ou de la génétique ?

Certains gagnants à la loterie sont parfois des joueurs occasionnels et à contrario celui qui joue systématiquement peut y laisser sa  chemise sans récupérer un Kopeck. J’en fais quoi de mes stats quand il y a quelqu’un ou quelque chose au-delà des régles ?

Au verso des quatre barreaux,  inscrits d’une main maligne, sont les maux :

Discipline  Soumission  Dépendance   Esclavage.

Le divin arbitre exo-terrestre serait arbitraire ? Selon des critères humains,  Il ne serait pas impartial ?

Que l’on me donne le 06 d’un dieu alternatif au pouvoir diabolique, afin qu'en direct avec lui, je négocie mon âme.

« Il n’y a pas de punitions ou de récompenses, il n’y a que des conséquences »

Cette phrase de R.G. Rand est sèche comme la vérité.

 Une vieille rosse ne se transforme pas du jour au lendemain en cheval de course, c’est tout aussi cartésien et, comme une seconde égale un mois d’essai en temps astral …

. Les naseaux du vieux cheval d’orgueil fument d'impatience à trouver la princesse charmée qui me signera le gros devis avant que ma petite C1 de fonction ne redevienne citrouille ou, c’est selon, l’haridelle un  étalon.

… "A  minuit, un quatre Juillet et une seconde ? "


                              -   Jo Laloose  « Mémoires d’un fuyard,schizophrène et plus si affinités »-
 
Bande son : « Un oranger sous le ciel irlandais, on ne le verra jamais »*
...

" Un jour de neige embaumé de lilas
jamais on ne le verra " *
qu'importe !
" l'eau de la rivière fleure la bruyère " *
...
               Posté par " les courriers d'Yvon ".
Photo : Google
* : ballade irlandaise Bourvil
.

 

Posté par sabledutemps à 22:55 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur Retour au monde du chagrin

  • Wouah, on est emportés dans un turbillon de mots; mots si vrais, mélanges de tout ce qui fait nos vies, de ce que nous sommes, et ne sommes pas!....Bravo.
    Lu hier un passage de Stevenson sur un blog:
    http://lesideesheureuses.over-blog.com/article-le-degre-de-stupeur-necessaire-80425090.html

    Un beso a Sable et à Yvon donc!

    Posté par colo, 30 juillet 2011 à 19:51 | | Répondre
  • Colo : merci! je suis ravie d'avoir permis à ceux des " courriers d'Yvon " d'écrire et de s'exprimer ici! Sympa la fine équipe hein? une idée heureuse c'est sûr. Je transmettrai ton bravo et ton bisou !
    Cheminer avec Stevenson, quelle aventure ! savoir encore s'étonner de tout, oh oui tout un programme.
    J'essaie d'imaginer ce que Platero aurait à Modestine ! des histoires stupéfiantes ?
    je t'embrasse.

    Posté par sable du temps, 30 juillet 2011 à 21:25 | | Répondre
  • livre de Job ?

    " Si vous ne voulez pas travailler, il vous faudra travailler pour gagner l'argent qui vous permettra de ne pas travailler " - Ogden Nash - ...
    ... à condition de trouver un job qui ne vous appauvrisse pas trop ! ( ne dit-on pas " pauvre comme Job " ! )... désolée, je sors !
    Bravo quand même aux " courriers d'Yvon ".

    Posté par Ann Onym, 31 juillet 2011 à 11:04 | | Répondre
  • Dédé loyal s'exprime.

    Superbe texte qui ne trompe personne: malgré l'anti -héros masculin qui sexeprime à la première personne on sent une grosse part de psychologie féminine.
    Bas les masques tante Yvonne!

    Posté par Alex C., 01 août 2011 à 14:32 | | Répondre
  • Alex C. :" Je vous ai compris "! signé: Charles !

    Posté par sable du temps, 01 août 2011 à 16:30 | | Répondre
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